Les interactions médicaments et plantes

Les progrès de la médecine ont permis de repousser l’espérance de vie. En France, en 2019, une femme de 60 ans vivrait encore 27,8 ans en moyenne et un homme 23,4 ans. Cette bonne nouvelle a un prix. Les personnes fragiles ou âgées doivent souvent jongler avec des médicaments dont ils ignorent tout. Une polymédication souvent additionnée avec une automédication augmente considérablement le risque d’apparition d’effets secondaires liés aux interactions médicamenteuses, définies sur le site de la sécurité sociale www.amélie.fr comme le résultat « d ’une modification de l’activité thérapeutique d’un médicament, liée à la prise [concomitante ou successive] d’un ou plusieurs autres médicaments dans le cadre d’un traitement ». Elle peut mener à des conséquences plus ou moins graves.
En réalité nous absorbons souvent des aliments ou des substances qui peuvent potentiellement provoquer des interactions. C’est le cas du pamplemousse qui bloque le fonctionnement d’une enzyme permettant l’assimilation de nombreux médicaments. C’est également le cas du thé vert ou du millepertuis qui peuvent interférer avec des chimiothérapies.
L’interaction médicamenteuse conduit le plus souvent, à potentialiser (synergie) ou à opposer (antagonisme) les effets désirés (thérapeutiques) ou indésirables d’au moins un de ces médicaments. On parle d’interaction synergique en cas d’augmentation de l’activité du médicament et d’interaction antagoniste en cas de réduction, voire d’abolition de l’efficacité du médicament.
Les différents types d’interactions
Il existe en fait deux principaux types d’interactions médicamenteuses :
– l’interaction pharmacodynamique : l’effet d’un médicament va réduire ou amplifier l’action d’un autre médicament, en intervenant sur son lieu d’action (= les récepteurs).
– l’interaction pharmacocinétique : l’effet d’un médicament va réduire ou augmenter la concentration d’un second médicament dans l’organisme.
Les interactions pharmacodynamiques
Les interactions pharmacodynamiques surviennent lorsque deux médicaments ou lorsque les composants issus de plantes sur une cible moléculaire d’un médicament (ou plus) possèdent des mécanismes d’action qui se chevauchent. L’effet d’un médicament ou de la plante va réduire ou amplifier l’action d’un autre médicament, en intervenant sur son lieu d’action.
Ces interactions, relativement fréquentes, sont souvent prévisibles en raison de la connaissance des effets des médicaments. Parfois, elles sont même recherchées par les médecins. Il existe deux grands effets qui relèvent de ce mécanisme : l’antagonisme et la synergie.
- Les effets antagonistes
On dit qu’il y a une interaction antagoniste lorsque les effets de deux médicaments ou la prise d’un médicament et d’une plante sont opposés. Cela peut être dû à l’adhésion aux mêmes récepteurs ou survenir suite aux effets secondaires des médicaments. A titre d’exemple l’aspirine et l’ibuprofène, indiqués en cas de fièvre ou de douleur, réduisent indirectement l’action des Inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC), considérés comme traitement de première intention dans l’hypertension artérielle et dans l’insuffisance cardiaque.
Lorsque deux composants sont des antagonistes, un autre composant (plante ou autre médicament) agit sur la même cible que le médicament, et diminue son efficacité, ce qui peut se solder par un échec thérapeutique.
- Les effets de synergie
Les synergies médicamenteuses peuvent être très dangereuses car l’effet global est parfois supérieur à la somme des effets des deux médicaments : c’est le phénomène de la potentialisation.
Cette synergie est souvent issue d’un mécanisme indirect. Certaines de ces interactions aboutissent même à des syndromes sévères, mais elles sont très majoritairement connues des médecins.
Lorsque deux composants sont des agonistes (effets de synergie), l’efficacité du médicament est potentialisée, ce qui peut favoriser l’apparition d’effets indésirables et une certaine toxicité.
Les interactions pharmacocinétique
Les interactions pharmacocinétiques sont non seulement les plus dangereuses mais également les moins prévisibles en raison des mécanismes impliqués.
Elles surviennent lorsque l’administration d’un médicament provoque des modifications de concentration d’un autre médicament. Ce n’est pas le mécanisme d’action qui est touché, mais la façon dont l’organisme va réagir au médicament.
Par exemple, la dégradation d’un premier médicament par le foie peut être ralentie par un autre médicament : il en résultera une augmentation de la concentration du premier, et donc des effets secondaires plus importants. Ces interactions peuvent avoir lieu tout au long du parcours de la substance active : au niveau de l’absorption, de la distribution, de la métabolisation et enfin de l’élimination.
Appliquées aux plantes, les interactions pharmacocinétiques peuvent provoquer des modifications au niveau de l’absorption, de la distribution, de la métabolisation ou de l’élimination des médicaments ce qui peut entrainer des conséquences déterminantes si les médicaments en cause ont une marge thérapeutique étroite.
Les plantes peuvent agir de différentes manières au niveau des enzymes. Elles peuvent soit induire ou inhiber l’activité des enzymes ou transporteurs.
| Action | Conséquences |
Induction | Accélération du métabolisme et de l’élimination du médicament et une baisse de sa concentration sanguine. | Trois conséquences cliniques sont possibles : 1) Une augmentation de la formation de métabolites inactifs raccourcira la durée de l’effet thérapeutique, cas le plus courant, 2) Une augmentation de la formation de métabolites actifs accentuera paradoxalement l’effet thérapeutique, 3) L’apparition de métabolites toxiques entrainera des effets indésirables graves. |
Inhibition | Ralentissement de l’élimination du médicament, ce qui conduit à une augmentation de sa concentration sanguine. | Deux conséquences cliniques sont possibles : 1) Une augmentation de la concentration en médicament et de la durée de son effet thérapeutique avec un risque de toxicité, cas le plus courant 2) Une diminution de l’effet thérapeutique, plus rarement, si l’inhibition diminue la formation de métabolites actifs. |
ANSM
L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANMS) a édité un guide très complet sur les interactions d’ordre pharmacodynamique en les hiérarchisant en fonction de la gravité des conséquences cliniques. Elle a répertorié en 4 niveaux d’interaction :
Associations contre indiquées : elle revêt un caractère absolu et ne doit pas être transgressée, car les conséquences cliniques sont fréquentes et graves.
Associations déconseillées : elle doit être le plus souvent évitée sauf après examen approfondi du rapport bénéfice/risque, et impose une surveillance étroite du patient.
Associations nécessitant des précautions d’emploi : l’association est possible en respectant certaines précautions dès le début du traitement tout en respectant une surveillance biologique et une adaptation des posologies, afin d’éviter la survenue de l’interaction.
Association à prendre en compte : le risque d’interaction médicamenteuse existe, et correspond le plus souvent à une addition d’effets indésirables ; aucune recommandation pratique ne peut être proposée. Il revient au médecin d’évaluer l’opportunité de l’association.